Frères Louis et Anthony COLLARD de TINTIGNY

 

Stèle située à droite de la porte d'entrée de l'église de Tintigny

En 1916, les frères Louis et Anthony Collard nourrissent l'audacieux projet de rejoindre le front de l'Yser pour mettre leur connaissance de la topographie luxembourgeoise au service des aviateurs alliés.

Ces jeunes Tintignolais, d'un courage à toute épreuve, n'ont pas vingt ans quand ils quittent clandestinement le village pour Liège où ils espèrent trouver le moyen de franchir la frontière hollandaise pour gagner le front de l'Yser à partir de ce pays neutre.

Dans la cité mosane où ils se reposent quelques jours, les deux frères sont remarqués par un chef de la résistance qui les invite à renoncer à leur rêve de guide d'aviateurs pour travailler dans l'ombre, précisément pour le service de renseignements « Dame Blanche » dont la mission est d'observer les mouvements des années allemandes sur tout le territoire belge (spécialement derrière la ligne de feu aux fins de percer les projets d'attaque de l'ennemi). Sans hésiter, les frères Collard s'engagent au réseau Dame Blanche et découvrent le monde secret de l'espionnage. Ils jurent solennellement de ne rien révéler du réseau à quiconque, reçoivent la célèbre plaquette de plomb où est gravée la devise de l'organisation « Ose tant que tu peux »et leur nom de code « Godefroid 1 et Godefroid 2 ».

A la Villa des Hirondelles, un des refuges de « Dame Blanche » situé à proximité du pont de Wandre, Louis et Anthony sont initiés à l'art de l'observation. Rapidement, ils font quelques essais en rôdant près des gares et des casernes à Liège.

Le 30 novembre 1917, Louis et Anthony Collard reçoivent leur première grande mission : faire une observation minutieuse de la région de Virton. Les deux frères refont le chemin inverse vers leur village natal. Louis (Godefroid 1) recrute, dans la région, des observateurs, des boîtes aux lettres, des courriers..., Anthony (Godefroid 2) observe durant plusieurs jours le pays de Virton, mais ne recueille aucun renseignement significatif.

De retour à Liège, les espions doivent admettre l'échec de leur première mission.

Un mois plus tard, Louis et Anthony procèdent à un nouvel essai... réussi, celui-là. Pendant quatre semaines, ils organisent en Gaume un véritable service de renseignements : postes d'observation, voies de transmission des plis, boîtes aux lettres, lieux de concentration, passages… et recueillent des données très intéressantes sur le départ et l'arrivée des unités allemandes dans la région, les exercices des soldats au repos...

Le 28 février 1918, à Liège, ils reçoivent les plus vives félicitations de leurs chefs. Quelques jours plus tard, c'est le drame.

Le vendredi 8 mars 1918, Mr Muller, un policier allemand particulièrement rusé qui enquête à Liège sur une certaine Mlle Marcelle de Maubeuge, perquisitionne la Villa des Hirondelles. Il y découvre des rapports d'activités, des codes, des armes... et capture les deux Godefroid qui sont conduits à la prison Saint-Léonard. Ceux-ci sont immédiatement soumis à des interrogatoires brutaux. En dépit des tortures et des bastonnades continuelles, les frères Collard ne dévoilent rien concernant l'organisation aux policiers allemands.

Par un tour de force incroyable, les prisonniers parviennent à correspondre avec l'extérieur avec Marie-Thérèse Collard (leur soeur) et Irène Bastin (leur amie) pour leur permettre de continuer la mission d'observation entreprise en Gaume.

Après quatre mois de détention insupportable, le 28 juin 1918, les frères Collard et cinq autres prisonniers passent devant le Kriegsgericht (Conseil de Guerre) à Liège. Considérés par l'occupant comme les plus grands espions capturés depuis le début de la guerre, les frères Collard ne se font aucune illusion sur leur sort.

Le 2 juillet, l'auditeur militaire annonce leur condamnation à mort. Leur recours en grâce est rejeté. En attendant l'exécution, les deux frères édifient les geôliers par leur courage .

Le 18 juillet 1918, Louis et Anthony Collard sont fusillés à La Chartreuse. Face au peloton, ils chantent le Magnificat, hymne d'allégresse et de triomphe de la liturgie catholique.

Dès la fin de la guerre, les frères Collard reçoivent, à titre posthume, de multiples décorations belges et alliées.

La route d'accès au Quartier du Gros Terme à partir du Marotin a été baptisée « rue Louis et Anthony Collard ».

(Vivier aux Joyaux - Septembre 2001)

 

Photos de leur tombe sur le site de la Chartreuse à Liège