Le drame de la Villa des Hirondelles - Extrait

(Laurent Lombard - Editions Vox Patriae)

Lettre d'adieu d'Antony Collard à la veille de l'exécution

 

Je vais mourir ! Encore quelques heures que je veux passer dans le coeur de Jésus ...   Je suis prêt.  Je ne crains pas la mort.  C'est seulement maintenant que je vais vivre.  Ne me pleurez pas, ô chers bien-aimés.

A cause de moi, soyez courageux et forts dans cette épreuve terrible.  Ô mon père chéri !  Pardonnez-moi toutes les peines que je vous ai faites pendant ma vie.

Et vous, petites sœurs Marie-Thérèse et Anna, pardonnez-moi aussi et toi aussi, ô frère bien-aimé Raphaël.  Et vous aussi enfin, petite Madeleine et petit Jean.  Merci de la tendre affection que vous avez eue pour moi.

Je demande pardon à tous ceux à qui j'ai fait de la peine et je pardonne de tout cœur à ceux qui m'en ont fait.

Mes suprêmes recommandations sont celles de maman que je vais revoir dans quelques heures: "Restez bien fidèles à Dieu et aimez-vous beaucoup.  Restez unis et ne faites qu'un".

Je désire que l'amitié commencée avec la famille Bastin continue et vous fasse de plus en plus aimer Dieu.  Du haut du ciel je les protégerai et les aimerai comme ici-bas.

Je les offre enfin, mes vingt ans, pour ma pauvre et chère patrie, afin que le cœur de Jésus en ait pitié.

J'ai conservé sur ma poitrine le Cœur de Jésus.  Je mourrai avec lui.  Les noms de ceux que j'aime sont inscrits derrière l'image.

Ô bon cœur de Jésus, à l'heure de ma mort, tu seras là ...  Je me blottis dans le cœur de Jésus, je ne crains rien.  Avec lui j'ai vécu, avec lui je mourrai.

Je donne rendez-vous au ciel, à mon petit papa, à Marie-Thérèse et Anna, à Raphaël, à Madeleine et à mon petit Jean, près de Maman et Joseph*.  Et il faut que personne ne manque !

Au revoir ...  Au revoir ...  Au revoir ...

Je pose ici un dernier baiser que vous prendrez.

* Le petit frère Joseph et la maman étaient décédés avant la guerre.