Extrait du journal de campagne du fantassin François Lahure, de Poncelle

Le 4 novembre, nous sommes réveillés à deux heures du matin pour partir en première ligne. Il fait sombre et froid. L'ennemi a reculé derrière l'Yser car nous avons inondé toute une contrée des Flandres, et beaucoup d'Allemands se sont noyés. Ils ne peuvent plus aller plus loin.

Le 5 novembre, le 10ème de ligne vient nous remplacer et nous partons en repos, bien aise d'avoir échappé jusque maintenant à la mort. On va pour la 1ère fois prendre un verre de bière dans un village à côté du cantonnement, voilà des mois que pareille occasion ne s'est présentée.

Le vendredi 6 novembre, réveil à 4 heures, pour partir en deuxième ligne, en renfort. On nous fait croire que les Allemands quittent la Belgique. Pourtant il est à prévoir que nous passerons l'hiver ici, le génie vient construire des abris dans le talus du chemin de fer.

Le lundi 9 novembre vers 5 heures nous nous rassemblons pour partir en deuxième ligne. Les Allemands sont de nouveau à Dixmude. Cela ne va trop bien pour nous, de terribles combats se déroulent toute la journée et toute la nuit. Une grosse tempête souffle, nous logeons dans une ferme, la pluie passe à travers la toiture.

Le vendredi 13 novembre, nous repartons en première ligne, le long du chemin de fer. Maintenant il y a des abris en planches contre la pluie et les shrapnels. Nous sommes cachés en attendant l'ennemi. Les Allemands auraient cependant difficile de parvenir jusqu'à nous, en effet le terrain devant nous est inondé, seules les fermes forment des îlots. Le terrain est glissant, notre progression est difficile, la tempête souffle, il fait très froid.

Le 31 décembre, après plusieurs jours dans les tranchées glacées de Nieuport, le fantassin François Lahure est au repos à La Panne. Chaque homme reçoit une bouteille de vin pour fêter la fin de l'année. Déjà 149 jours de guerre. François Lahure ne sait rien du drame du 22 août à Tintigny.

En février il reçoit les premières nouvelles de sa famille depuis le début de la guerre. Dans les vieux journaux, il lit : "Les Allemands ont mis le feu à 100 maisons de mon village de Tintigny et tué 86 personnes. J'ignore si mes parents sont du nombre".

Au mois d'avril 1915, François Lahure reçoit de Poncelle la première lettre de sa mère : "Elle m'annonce la mort de mon père et de mon frère Julien. Mon oncle Jacques, ma cousine Laurentine et Victoire Pierrard ont aussi été fusillés le 22 août".