Discours prononcé par Benoît PIEDBOEUF, Bourgmestre de Tintigny le 12 septembre 2014 –  cimetière Orée de la forêt Rossignol

 

 

« … » « Témoignage Albert Jugnon marsouin du 1er RIC»

Ce récit d'Albert Jugnon, soldat du 1 colonial se situe le 22 août 1914, il avait retenu mon attention en 2000 en raison de son pouvoir évocateur.

 

Au delà des massacres, de la souffrance et de la peur, au delà du désarroi né de la mort des officiers, il y a au fond de chaque soldat ce petit élément impalpable, ce sursaut d'énergie qui redonne la volonté, la force, le courage.

 

Pas tant la volonté de vaincre pour vaincre, que celle de refuser l’inadmissible, de n'admettre à aucun prix la soumission déshonorante, de refuser de succomber à l'humiliation. Il y a ce sursaut d'orgueil qui naît de la fierté de faire partie d'une nation, et de vouloir la défendre contre les assauts de celui qui lui veut du mal.  Pas seulement parce qu'elle est un groupe d'homme, de femmes et d'enfants, mais aussi parce qu'elle est garante de nos principes et de nos droits : la liberté, l’égalité, la justice, la solidarité.

 

L'image de cette nation dans le récit est illustrée par le drapeau et ce que le soldat Jugnon nomme « le culte du drapeau ». C’est un symbole.

 

A partir de cette image on peut développer une allégorie et considérer que chacun porte en soi ce petit «supplément d'âme » qui mobilise la force face à l'injustice, face à l’oppression, qui refuse la souffrance des enfants, qui porte à secourir les faibles, qui refuse les massacres et l’humiliation et qui finalement aide à se tenir debout.

 

Aujourd’hui comme hier, sans esprit de conquête, sans esprit de revanche, avec juste la volonté de la justice et du droit, avec aussi le sens du devoir, c’est debout que l’homme doit se tenir, face aux défis du monde et de la paix, face aux défis de notre planète à préserver, face aux folies, aux déraisons, aux égoïsmes économiques.  Parce que, que dire de notre monde ?  Comment croire que l’on vit en paix ?  Comment ne pas craindre nos lendemains et ceux de nos enfants ?  Comment se convaincre que la civilisation progresse et que les risques diminuent ?

Comment ne pas intégrer que la barbarie est latente, qu’elle est dans nos gênes et que c’est tous les jours qu’il faut se battre intérieurement pour s’apaiser, pour apaiser nos relations avec les autres, que c’est à une attention et à un travail quotidiens qu’il faut s’astreindre ?

Par l’éducation, par l’enseignement, par la lecture, par l’étude, par le travail.  Il faut  sans relâche, éduquer, expliquer, ouvrir les yeux et les oreilles, chasser les dogmatismes, refuser les œillères, apprendre le dialogue, la communication directe et pas virtuelle, c’est dire les choses, arrêter les hypocrisies, combattre les mensonges, les affabulations, former l’esprit critique et prendre dans les religions, pour ceux qui y adhèrent, les messages d’amour et pas les rejets, il faut refuser la haine.  Et cela c’est l’obligation et la responsabilité  de tous les parents, de tous les pédagogues, de tous ceux dont la mission, le métier ou le devoir est de tisser au jour le jour l’écheveau de la paix, de la compréhension des humains entre eux, et du rejet de la barbarie.

 

BP  12.09.2014