Discours prononcé par Benoît PIEDBOEUF, Bourgmestre de Tintigny le 26 août 2014 devant le monument des Fusillés à Arlon

 

C’est une chose affreuse que la guerre, cet affrontement destructeur, cette expression d’une barbarie enfouie au plus profond de nos gênes, qui sommeille la plupart du temps mais peut se réveiller aux heures les plus sombres des intérêts discordants, des volontés de conquête, des besoins de domination, des refus des différences, des religions détournées.

L’histoire de l’humanité est jalonnée tristement de cette expression, humaine pourtant, qui jamais ne s’apaise définitivement. Notre actualité, maintenant que l’histoire du monde est notre quotidien, est le reflet déformant d’exactions, de tueries, d’intolérances, de cruautés innommables.

On tue, on décapite, on empoisonne, on mutile, on asservit, on domine, tous les jours et partout. Ici, nous vivons en paix mais nous savons aussi que l’équilibre est fragile, les débordements jamais très loin.

C’est une chose affreuse que la guerre, et pourtant même dans cette matière, des règles existent par rapport aux soignants, par rapport aux civils. En 1914 des règles existaient qui auraient dû épargner ceux-là qui avaient pour seul défaut d’être là au mauvais endroit, au mauvais moment.

Conditionnés, drogués, avinés, mais aussi peureux, terrorisés, craintifs d’une réalité dont ils ignoraient les contours, les soldats allemands se sont rendus coupables de comportements barbares et de tromperies, que même le livre blanc qui a suivi la guerre, n ’arrive pas à excuser, expliquer, amoindrir.

La capture des habitants de Rossignol, justifiée par l’existence de soi-disant francs-tireurs, est le fruit de manipulations dont, ceux là même dont c’est la responsabilité- les généraux-auraient dû préserver les civils innocents. Ces civils qui ne ménageaient pas leur peine pour soigner les blessés quelle que soit la couleur de leur uniforme.

Les blessures et le sang n’ont pas d’uniforme, et tous ces jeunes soldats avant de le devenir, étaient des jeunes paisibles qui commençaient à écrire les pages d’une vie qu’ils espéraient souriante et qui  ne le sera jamais plus. Le souvenir des horreurs hante à tout jamais.

L’épouvantable  décision, sans analyse, sans réflexion, sans vérification de cet officier allemand- qui ne mérite pas que l’on le nomme, il est dans les poubelles de l’histoire- donnant l’ordre que l’on fusille, est l’illustration de cette folie barbare et, l’obéissance qui a suivi, les tirs répétés successifs sont autant de lacérations de l’humanité tout entière. Abjectes et désespérantes.

Les conditions d’exécution, le rythme, la torture mentale qui ajoute aux crimes, sont des moments de honte qui n’ont même pas trouvé réparation dans une punition exemplaire. Les mémoires de ces hommes et de cette femme n’ont pas même trouvé le repos d’une réaction réparatrice. C’est notre Roi Albert 1er et la Reine  Elisabeth, qui ont souhaité donner le repos à ces victimes en situant leur dernier sommeil au cœur de leur village, dans les  lieux de leur vie, parmi les leurs, veuves et orphelins.

La vengeance n’ajoute rien, mais le pardon, ici, est difficile.

Le village s’est reconstruit, il a retrouvé en cent ans une cohésion, une ambiance de vie, une paix que les arbres alentours nourrissent, préservent.

Les investissements collectifs, l’entretien des lieux de mémoire, étaient la seule voie d’un apaisement, qui ne conduit pas à l’oubli mais au contraire donne un cadre historique qui renforce cette cohésion et donne une destinée positive désormais. Merci à tous d’être là pour confirmer cette envie d’un avenir serein.

Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

 

                                                                                                          BP 26 août 2014