" Chopin et Lorette ", 

les géants de Tintigny

 

En novembre 1918, les libérateurs Français et Italiens sont accueillis par les bribes de l’harmonie Saint-Eloi, créée au début du siècle. Les bribes, car depuis 1914, l’occupant allemand interdit toutes manifestations - même musicales. De plus, certains de ses membres ont été fusillés le 22 août 1914, ou sont morts au front de l’Yser.

Cette poignée de musiciens pleins d’enthousiasme créeront en 1922, une nouvelle société philarmonique, " Les Echos de la Semois ". Eugène CLAISSE en sera président, et Henri JACOB, le chef dirigeant.

En 1924, Emile RIDREMONT de St-Mard épouse Rosa PIERRE, une jeune fille de Bellefontaine. Emile est vannier de son métier mais il vient s’installer à Tintigny en qualité d’épicier, chez la veuve VININUS (actuellement rue des Pruniers). Devenus amis avec Henri JACOB et son épouse Eugénie COLIN, les jeunes mariés s’intègrent facilement à la vie culturelle du village.

En 1927, Henri et Emile décident de créer un couple de géants au sein même de l’harmonie.

Ils seront étrennés lors de la fête de St-Bohy en 1918, sous les noms de " Chopin et Lorette ". Réalisés en osier par Emile RIDREMONT, les visages avaient été peints par le peintre Emmanuel PRIEUR et habillés par Rosa et Eugénie.

Pourquoi Chopin & Lorette ? ? ?

A partir des années 1820 et ce jusque vers 1914, beaucoup de jeunes Gaumais et Gaumaises s’expatrient vers Paris, capitale de la France, pour y trouver un travail.

A cette époque, le célèbre musicien polonais Frédéric CHOPIN, (1810 – 1849) défrayait la chronique en étant l’amant de la poétesse George SAND, et éblouissait les jeunes gaumais par ses fredaines.

D’un autre côté, dans le quartier de l’église Notre Dame de Lorette, non loin des grands boulevard, du nouvel Opéra Garnier et des célèbres galeries LAFAYETTE, les hôtels particuliers fleurissaient surtout habités par des demi-mondaines, dites de " Lorette ", entretenues par des riches parisiens. Elles aussi étonnaient nos bons paysans gaumais.

De retour chez nous, évidemment questionnés, ils racontaient avec force détails, les vies dissolues de Frédéric CHOPIN et des dames du quartier de N-D de Lorette. L’expression " Chopin-Lorette ", encore utilisée en Gaume pour désigner un joyeux drille et une demoiselle assez volage, trouve son origine dans ces récits.

Nos géants sortaient régulièrement avec leur " parents ", les Echos de la Semois. Hélas, ils seront plus ou moins abandonnés avec la fin de la Fanfare en 1968.

Ils furent remis sur " pied " et ré-habillés en 1993, à l’occasion de leur déplacement à Bruxelles avec le groupe folklorique tintignolais " Les saut’aux blosses ", et de leur rencontre avec le " Manneken Pis ". Ils furent reçus à l’Hôtel de ville par l’Echevin de la Culture de la Ville de Bruxelles.

 

En 2000, ils furent invités à un grand rassemblement de géants à Knokke. 

Le dimanche 2 juin 2002, dans le cadre du 400° anniversaire de l'Eglise de Tintigny, ils ont accueilli les nombreuses personnes  qui sont venus assistées à la messe solennelle en patois gaumais. Ils se sont ensuite promenés dans les rues de Tintigny et nous ont interprété quelques pas de danses accompagnés de l'Harmonie St-Joseph de Vance.

 (reportage photos : cliquez ici)

Ils ont fêtés leurs noces de chêne (80 ans de mariage) le 01/07/2007